Vers Paris
Depuis La Rochelle, ville quittée après une conférence de presse à l’Hôtel de Ville, je rentre dans les terres en directions de Niort, ville d’assureurs me dit-on. Une ville d’assureurs, c’est
assez étrange et plutôt spécifique. Je n’ai pas le temps de creuser cette information. Le fait est que cette ville n’est pas grande et qu’elle se traverse en VEAH en moins de vingt minutes. Cette
halte m’offre la possibilité de prendre contact afin de mettre sur pied le passage à Paris et le retour à Bruxelles.
À la campagne, sous la pluie
Le lendemain, je mets le cap sur Poitiers, où je serai accueilli au Futuroscope. J’ai hâte de connaître les perspectives d’avenir proposées par ce site reconnu. En traversant les champs de colza
sous la pluie, j’ai tout le loisir de réfléchir à cette visite. Le colza sent fort, trop fort. Me vient alors la pensée qu’il pourrait s’agir de plantes transgéniques. L’odeur n’ayant bien
évidemment rien à voir avec la composition génétique de la plante.
Vivre à la campagne peut se révéler plus nocif pour la santé que vivre en ville. Les fertilisants déversés en masse, les insecticides pulvérisés, les intrants douteux, tant de produits qui
doivent voyager au gré du vent. Est-ce le prix à payer pour une rentabilité à l’hectare aux normes attendues par l’industrie agroalimentaire ?
Je pense qu’on mange sans doute plus sainement dans les villages d’Afrique, car là-bas, les agriculteurs n’ont pas les moyens de déverser sur leurs champs quelques produits phytosanitaires ou
engrais. Ils n’ont sans doute pas les moyens, d’engraisser artificiellement leur bétail.
Sous cette pluie battante, dans une température avoisinant les dix degrés, j’arrive à garder mon optimisme en pensant à toute cette eau qui tombe du ciel pour le bien de ce tapis vert qui s’étend
dans la campagne à perte de vue. Je me souviens alors d’une phrase de Luc Simonet, fondateur de la Ligue des Optimistes qui s’exclamait : quelle belle journée de pluie !
Cela aide même si la capote du VEAH ne protège pas vraiment de la pluie et que celle-ci m’empêche de distinguer les aspérités de la route.
Le futur de Poitiers ?
Chaleureusement accueilli par le service de presse, nous déambulons dans les allées du Futuroscope. En terme de futur, nous débutons par la vision un film en haute définition sur les beautés de
la nature dont le plan final monter un cargo qui dégaze en mer. Ensuite, nous sommes conviés à assister à une course de véhicules de l’espace qui traversent des forêts de torchères, des
autoroutes en ruine et des montagnes de dépotoirs.
Enfin quelque chose de plus concret avec la visite d’une maison éco-logique. Elle produit de l’électricité, mais en consomme bien plus. Parmi les sponsors de cette installation : EDF, GDF
qui verraient d’un mauvais œil que les privés se passent de leurs services. Cette maison s’étend sur 300 mètres carrés. Mieux vaut envisager son implantation à la campagne, en terrain dégagé,
tenir compte des normes urbanistiques des lieux… tout cela relègue cette habitation du futur au plan de vitrine technique de ce qui existe aujourd’hui sans véritablement correspondre à une
solution d’avenir. Nous sommes loin des maisons passives ou positives déjà existantes.
Le plan de l’habitation ressemble à ces cases à apluvium du Sénégal. Le guide évoque des atriums de la Rome antique. Force est de constater qu’il ne s’agit pas d’une grande nouveauté.
Ici, pas de perspectives concernant la mobilité. Mis à part, les étranges porteurs électriques, sortes de caisses à deux roues sur lesquelles filent silencieusement le personnel.
Le décor peut paraître futuriste. Des élancées architecturales de verre et de béton en forme de sphères ou de cristaux. Une petite éolienne blanche se détache sur la façade noire d’un bâtiment
composée de piliers évoquant une cathédrale sombre et triste.
J’étais venu chercher le futur, je trouve un décor de carton pâte contenant nombre d’attractions ludiques, mais pas forcément didactiques.
Amboise du futur
Toujours à la recherche de solutions pour une mobilité du futur sans pétrole, j’emprunte la vallée de la Loire sur les traces d’un inventeur de génie. À Amboise, le château du Clos Lucé expose
des maquettes des machines dessinées par Leonardo Da Vinci. Un vélo mu par un pédalier entraînant une chaîne, une voiture à ressorts, un char d’assaut propulsé à l’aide de manivelles, un
hélicoptère, un planeur… le présent, le futur venant du XVIe siècle !
Le personnel utilise une voiturette électrique pour parcourir les 7 hectares du parc. Les batteries se recharge une seule fois par semaine. Le véhicule ne peut malheureusement pas parcourir les
routes de la ville car il n’est pas homologué pour cela.
À Tours, Daniel Delestre vend des voitures sans permis. Des petites voitures consommant moins de trois litres. À la vitesse de 45 km/h maximums, elles roulent 400 km à l’aide d’un moteur de 600
cc. Sa clientèle : des veuves, des déchus de leur permis, des personnes âgées vivant à la campagne… Le bilan n’est pas réjouissant. Il attend la nouvelle génération de voitures électriques.
Mais leur prix risque de décourager nombres de clients potentiels. Cela tient du coût des batteries. Exorbitant !
L’heure des bilans a presque sonné.
Je suis à plus de 200 kilomètres de Paris. Plus de 5000 kilomètres ont été parcourus depuis Dakar. J’ai quitté Dakar le 20 mars, nous sommes le 30 avril. À cela, je déduis une semaine de tournage
dans un parc national en Mauritanie. Cela fait donc environ un mois de route. Ce qui sera bien plus parlant, ce sera le nombre d’heures en rapport aux kilomètres parcourus. En tout, près de 170
heures passées sur la route. En voiture, la plupart des voyageurs se rendent à Dakar en trois semaines depuis Bruxelles. La différence entre une voiture et le VEAH serait d’une semaine sur un
mois soit le quart du temps. L’engin d’un poids de 40 kilos à vide, emporte plus de 150 kg à la vitesse moyenne de 42 km/h sur le plat en Afrique et de 36 km/h en Europe en raison du trafic.
Trois batteries, de chacune 3 kilos, environ offrent une autonomie de 3 heures et demie à 7 heures au total et permettent de couvrir de 120 à 180 km. Une charge dans la journée a permis
d’atteindre la distance record de 287 km. Sur la partie africaine du trajet, le vent de face a été dominant.
Le véhicule a été photographié un bon millier de fois, principalement par des automobilistes utilisant leur téléphone portable. Il y a eu une cinquantaine d’arrêts pour satisfaire la curiosité
des policiers, gendarmes et gardes civils du Maroc, d’Espagne et de France.
De Dakar à Paris, des milliers de sourires, de cris d’étonnement, de gestes encourageants, de pouces levés en signe de satisfaction, de longues files d’automobilistes curieux, de termes
élogieux : « la Ferrari électrique » au Sénégal, « la belle voiture » en Mauritanie, verry nice car à Gibraltar, guapa en Espagne…
Un voyage marqué par les dizaines de rencontres effectuées lors des haltes. Le VEAH a véritablement joué son rôle de fil conducteur pour des échanges sur une mobilité de demain, de support à des
débats sur un monde futur sans pétrole.
Le VEAH est un bon ambassadeur de l’optimisme. Les milliers de sourires en témoignent.
Je pense souvent à toutes ces personnes qui ont vu passer le VEAH sans savoir de quoi il s’agit et qui ont probablement échangé leurs remarques, des couples de personnes âgées qui ont débattu de
cette vision furtive, des enfants aux regards éblouis qui rêveront peut-être de voitures aérodynamiques. J’aime à penser que le VEAH est passé sur les routes en laissant une traînée de poudre
d’optimisme.
Bientôt Paris, puis Bruxelles.
Xavier Van der Stappen, Blois, France, le 30 avril 2009
-
Communiqué 1 - Sidi Ifni, Maroc, le 11 février 2009
-
Communiqué 2 - Nouakchott, Mauritanie, le 19 février 2009
-
Communiqué 3 - Dakar, Sénégal, le 24 février 2009
-
Communiqué 4 - Bissau, Guinée-Bissau, le 3 mars 2009
-
Communiqué 5 - Ziguinchor, Casamance, Sénégal, le 7 mars 2009
-
Communiqué 6 - Saint-Louis, Sénégal, le 12 mars 2009
-
Communiqué 7 - Koungheul, Sénégal, le 17 mars 2009
-
Communiqué 8 - Saint-Louis, Sénégal, le 21 mars 2009
-
Communiqué 9 - Djawling, Mauritanie, le 25 mars 2009
-
Communiqué 10 - Nouakchott, Mauritanie, le 27 mars 2009
-
Communiqué 11 - Bou Anouar, Mauritanie, le 31 mars 2009
-
Communiqué 12 - Essaouira, Maroc, le 6 avril 2009-04-08
-
Communiqué 13 - Tanger, Maroc, le 12 avril 2009
-
Communiqué 14 - Gibraltar, le 14 avril 2009
-
Communiqué 15 - Almeria, Espagne, le 17 avril 2009
-
Communiqué 16 – Valencia, Espagne, le 20 avril 2009
-
Communiqué 17 – Barcelone, Espagne, le 22 avril 2009
-
Communiqué 18 - Niort, France, le 27 avril 2009
-
Communiqué 19 – Blois, France, le 30 avril 2009