Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 23:59

Communiqué 15 – L’Andalousie

 

L’autoroute de la Méditerranée

À Fuengirola, je retrouve des Sénégalais et des Marocains. Certains venus de loin, les autres d’en face, de l’autre côté de la Méditerranée. La route longe la côte calme des eaux de la Méditerranée.

 

Un décor touristique sans touriste

Des plages de sables sombres, des palmiers à la coiffe battue par le vent du large. Quelques pensionnés anglais, allemands font les cent pas sur les bords de mer. Le décor est bien là. Dans la plupart des villes du bord de mer, des constructions en chantier. Des grues surplombant les villages et les clubs de vacances.

 

Nerja, parc national de la Sierra Almjiara

Rendez-vous est pris avec un journaliste du Diario Sun, le principal quotidien de la province de Malaga. Nous nous retrouvons à une station-service. C’est un peu incongru mais amusant.

Nous devisons de la mobilité du futur. Il s’étonne que les policiers rencontrés permettre que l’engin emprunte la Nationale, réputée dangereuse.

 

La Rabita

Un accueil tout particulier réservé par des pêcheurs agriculteurs qui me reçoivent dans un bar à tapas, très bruyant. Les voix fortes, la télévision, les serveuses qui tentent de surmonter les autres voix. Ici les tapas sont gratuits. Tous les déchets se jettent au sol. Ce n’est plus le cas dans les établissements des cités balnéaires. Nous parlons de la pêche qui a bien évoluée, des travaux des champs qui se sont mus en emplois sous les serres des grandes exploitations qui couvrent le paysage de plastique. Leur village a bien changé en moins de quarante ans. Celui-ci semble pourtant quelque peu préservé.

 

Almerimar, des blocs touristiques, des serres et des illégaux

Des champs de serres plastifiées s’étalent à perte de vue entre la plage et les premiers reliefs. Des kilomètres de plantations artificiellement irriguées et enrichies. Entre les serres, des travailleurs d’origine africaine et maghrébine. Ils ont réussi à traverser la mer, s’infiltrer dans les mailles du filet légal. Entre les serres, les implantations touristiques, faux villages typiques créés de toutes pièces où vivent quelques retraités perdus dans des stations vides. Ils croisent des clandestins dans l’indifférence mutuelle.

 

De la mobilité verte pour les touristes

À Roquetas del Mar, une station balnéaire proche d’Almeria, des Hollandais ont mis au point des voitures à pédales équipées de panneaux photovoltaïques. Une sorte d’attraction exotique utilisée le long de la digue. À l’aide de batteries de voitures, les engins conçus pour deux adultes et deux enfants peuvent rouler durant 6 heures selon le technicien rencontré par hasard au Boah, un club pour amateurs de voitures puissantes. Deux Maserati trônent sur le parking. Aux dires du barman, elles ne servent pas souvent… en raison du prix du carburant.

 

La journée s’achène avec une quinzaine de kilomètres parcourus sans batterie.

 

La Sierra de Gata, un parc en bord de mer

Le lendemain,

Un agent du parc m’arrête après avoir largement photographier le VEAH lancé sur la route. Il est interdit d’exploiter des images du Parc. Je lui fais remarquer que ce type de paysages existe au Maroc sur plus de 500 km et qu’il ne contient aucune espèce endémique rare. Il n’a pas l’air commode. Je lui explique les buts de l’association « Optimistes sans Frontières ». Cela n’a pas l’air de le dérider. Il prend mon passeport et l’enregistre. Il semble faire du zèle devant deux personnes qui l’accompagnent. Sans doute des étrangers venus en visite dans le parc.

Las Neigras, fin de la route, impossible de poursuivre. Il faut faire demi-tour vers Nijar. La route est très belle. Idéales pour le VEAH, de larges voies filent dans des décors de western plantés d’algaves.

 

Rencontré à Carboneras, dans un parc, Pedro parcours le monde avec son vélo depuis 13 ans. Il a perdu un fils de 23 ans, sa femme s’est convertie à l’Islam, il possède un vélo avec une remorque. 80 kg de charge, c’est toute sa maison. Il bénéficie d’une aide de l’état jusqu’à 65 ans, ensuite c’est l’allocation de retraite.

 

Il n’a pas de portable, ni d’adresse fixe. Il dit que les portables sont localisés au gps par les policiers pour arrêter les maraudeurs. Il raconte qu’au Portugal, les municipalités offrent pour quelques centimes d’euros, des sanitaires, des douches. De l’Afrique, il se souvient des « femmes chocolat » et des « herbes odorantes ».

En terme de mobilité propre et d’impact environnemental, on ne peut pas faire mieux. Par contre, ce sont les aides sociales qui lui permettent de vivre son errance.

Il va passer la nuit dans l’une de ces nombreuses ruines de pueblos désertés.

 

Xavier Van der Stappen, Almeria, Andalousie, le 17 avril 2009

 

-       Communiqué 1 - Sidi Ifni, Maroc, le 11 février 2009

-       Communiqué 2 - Nouakchott, Mauritanie, le 19 février 2009

-       Communiqué 3 - Dakar, Sénégal, le 24 février 2009

-       Communiqué 4 - Bissau, Guinée-Bissau, le 3 mars 2009

-       Communiqué 5 - Ziguinchor, Casamance, Sénégal, le 7 mars 2009

-       Communiqué 6 - Saint-Louis, Sénégal, le 12 mars 2009

-       Communiqué 7 - Koungheul, Sénégal, le 17 mars 2009

-       Communiqué 8 - Saint-Louis, Sénégal, le 21 mars 2009

-       Communiqué 9 - Djawling, Mauritanie, le 25 mars 2009

-       Communiqué 10 - Nouakchott, Mauritanie, le 27 mars 2009

-       Communiqué 11 - Bou Anouar, Mauritanie, le 31 mars 2009

-       Communiqué 12 - Essaouira, Maroc, le 6 avril 2009-04-08

-       Communiqué 13 - Tanger, Maroc, le 12 avril 2009

-       Communiqué 14 - Gibraltar, le 14 avril 2009

-       Communiqué 15 - Almeria, le 17 avril 2009

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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 23:49


Le Rocher, l’Europe, la Méditerranée


 

Tarifa, ville du vent

Plantées à flanc de colline, une cinquantaine d’éoliennes tournent au vent. Un léger bruit trahit les palles qui tranchent l’air humide. Du large, un vent puissant s’élève de la mer pour gagner les hauteurs. Le kart à voile file sur la plage de Tarifa, La Mecque de la voile, de la planche à voile et dernièrement du kite-surf. Des dizaines de voiles arquées sillonnent le ciel. On ne voit pas les planches qui filent sur l’eau, cachée par les dunes, mais elles filent rapidement. En face, les reliefs de l’Afrique, avec, en bout de continent, les colonnes d’Hercule. La mer Méditerranée, et plus à l’Est, le rocher de Gibraltar. Le kart à voile file sur le sable durci par la lagune. Probablement, la dernière sortie de ce mini char à voile qui a parcouru quelques centaines de kilomètres en Afrique.

Une ultime sortie de son sac pour quelques kilomètres sur cette plage déserte de Tarifa en cette fin de semaine Sainte et ce second jour en Espagne pour le Dakar-Paris sans essence.

 

Dans les nuages

Ce matin, il fait froid. À peine seize degrés. La route grimpe vers le parc d’éoliennes noyées dans les nuages qui lèchent les pales des grands ventilateurs. Le port d’Algeciras apparaît en contrebas. Des grues, des quais, des buildings.

Le nez du VEAH suit les courbes de la voie rapide qui mène à la pointe del Cabrito, à 340 mètres d’altitude. Un bruit étrange, une chaîne du VEAH qui lâche. Première panne sous la pluie. Petite route en pente vers la forêt de pins. J’ouvre la trappe qui donne accès au pignon qui permet le lien entre les deux chaînes de transmission. Le tendeur a lâché. Quelques tours de clé à laine et voilà l’engin sur ses trois roues, prêt à repartir. Les descentes s’enchaînent. 70 puis la barre des quatre-vingt à l’heure et quelques excès de vitesse signalés par le gsp embarqué. Des policiers souriants roulent à ma hauteur, prennent des photos puis disparaissent dans la brume.

La pluie redouble. Je m’enfonce dans le VEAH. A plusieures reprises, j’emprunte l’autoroute. Les véhicules ralentissent, les occupants prennent des photos.

 

Des bobbies récalcitrants

Le VEAH remonte les files des voitures empruntant l’unique voie pour accéder à Gibraltar. Autrefois une île au large de l’Espagne, Gibraltar est reliée au continent par une piste d’atterrissage que la route traverse étrangement.

Au poste frontière, un bobbies typiquement britannique empêche le passage de l’engin. La législation n’autorise pas les engins motorisés sans carte grise. Curieux, nous sommes en Europe pourtant. Le policier propose de sortir le texte de loi pour bien me montrer qu’il n’est pas de mauvaise volonté. Arrive le supérieur hiérarchique. Il souffre du cancer, son idole : le coureur cycliste Lance Amstrong. Il me laisse passer mais me demande d’être prudent, en cas d’accident, je serai le seul responsable. Je dois également rouler à moins de trente kilomètres à l’heure. Évidemment, empêcher l’accès au Rocher à un hurluberlu qui vient de Dakar, serait le malvenu. D’autant qu’un caméraman le suit. Il y va aussi de l’image de Gibraltar, lieu hautement touristique.

Sur la place principale, nous rencontrons fortuitement la presse locale, un journaliste et deux photographes, ainsi que les représentants de l’Office du tourisme, très content du passage du Dakar-Paris sur leur bout de terre. (Voir le site internet de l’Office du Tourisme de Gibraltar à la date du 14 ou 15 avril 2009).

Dans les rues de Gibraltar, il m’est difficile de respecter la vitesse de trente km/h tant les passants insistent pour voir le VEAH foncer sur le bitume. Les artères larges doublées de pistes cyclables l’autorisent.

 

Un rocher britannique face à l’Afrique

Face à l’Afrique, un rocher, au pied duquel les banques et les compagnies d’assurance, les agences d’import-export pullulent. À peine 35 000 habitants et bien plus de travailleurs espagnols. Des Anglais, des Ecossais, des Galois qui vivent également en Espagne car vivre sur le Rocher est devenu hors prix. Les boîtes aux lettres, les cabines téléphoniques, les bus à étages, tout ici rappelle L’Angleterre. Aujourd’hui, la pluie est toute anglaise. Au pub, les pintes à la pression se dégustent à l’Anglaise durant toute la journée. Des posters des Beatles aux murs, un portrait de Churchill, des panneaux indicateurs… l’Angleterre à trois mille kilomètres de la mère patrie.

Maggie Richardson du pub Red Lion sur Watergardens parle de British Colony. Ses clients, des dockers, des banquiers et des fonctionnaires.

Kevin Glot, un concessionnaire de la marque Triumph trouve le VEAH trop bien futuriste pour sa clientèle. Côté économie d’énergie, il propose des scooters de 50 cc. Puis, il montre les motos couleur canon de fusil, bien plus attractives de son point de vue même si il reconnaît qu’elles sont bien trop puissantes pour les quelques routes du Rocher.

Chez Sea & Ocean Ltd, je fais le plein d’électricité. Je confie une batterie lithium polymère qui m’offre une autonomie d’une heure et demie pour une charge équivalente en temps. Jusqu’à présent, personne ne m’a demandé de régler le coût d’une charge à part une tenancière de restaurant au Sénégal.Il lui semblait que son compteur défilait un peu trop rapidement qu’à l’accoutumée.

 

La journée s’achève face à la Méditerranée sur une plage déserte de Puna de la Chullera, idyllique, si la pluie n’était pas de la partie. Elle tombera toute la nuit, installant un froid pas vraiment espagnol en cette mi-avril.

 

Xavier Van der Stappen, Gibraltar, 14 avril 2009

 

-       Communiqué 1 - Sidi Ifni, Maroc, le 11 février 2009

-       Communiqué 2 - Nouakchott, Mauritanie, le 19 février 2009

-       Communiqué 3 - Dakar, Sénégal, le 24 février 2009

-       Communiqué 4 - Bissau, Guinée-Bissau, le 3 mars 2009

-       Communiqué 5 - Ziguinchor, Casamance, Sénégal, le 7 mars 2009

-       Communiqué 6 - Saint-Louis, Sénégal, le 12 mars 2009

-       Communiqué 7 - Koungheul, Sénégal, le 17 mars 2009

-       Communiqué 8 - Saint-Louis, Sénégal, le 21 mars 2009

-       Communiqué 9 - Djawling, Mauritanie, le 25 mars 2009

-       Communiqué 10 - Nouakchott, Mauritanie, le 27 mars 2009

-       Communiqué 11 - Bou Anouar, Mauritanie, le 31 mars 2009

-       Communiqué 12 - Essaouira, Maroc, le 6 avril 2009-04-08

-       Communiqué 13 - Tanger, Maroc, 12 avril 2009

-       Communiqué 14 - Gibraltar, 14 avril 2009

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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 18:54

Le Maroc côtier

 

D’Essaouira à Marrakech

La montée vers Marrakech s’effectue sans souci. Parti de la ville du vent en fin de matinée, le VEAH atteint les remparts de Marrakech vers vingt heures. Plus de deux cents kilomètres menés à un train d’enfer, traversant les vastes plaintes et les coteaux boisés d’arganiers et d’oliviers. Les exploitations agricoles occupent de vastes zones. De nombreux villages ont été englobés dans de grands domaines. Ici se cultivent nos oranges consommées toute l’année. La condition des travailleurs agricoles contraste incroyablement avec les citadins. Les hommes portent les burnous, les femmes ont le visage tatoué, les enfants sont en guenilles.

 

De Marrakech à Safi

Le retour vers le littoral représente un parcours rectiligne de plus de cent soixante-dix kilomètres, principalement composé de belles descentes à travers les champs de blé. Je rencontre un apiculteur qui m’explique sa démarche de multiplier les revenus des agriculteurs pour plus d’autonomie et de revenus. Au Maroc, c’est encore la campagne qui nourrit les villes, même si les villages se vident de leurs habitants préférant tenter une vie de citadins.

 

De Safi à Oualidia

C’est un peu la course, mais la route est vraiment belle. Elle surplombe la mer sur plus d’une soixantaine de kilomètres. Une belle après-midi de route peu empruntée. Le VEAH subit la puissance du vent de face qui ralentit sa progression. Des rafales poussent dangereusement l’engin vers le centre de la route. Les camions réduisent l’allure et klaxonnent. Il faut dire que le VEAH rencontre un vif succès partout où il passe. Dans les villages, les enfants poussent de grands cris de joie. Le long de la route, ce ne sont que des sourires. J’entends aussi les femmes pousser des « hou » de surprise.

 

Les zones urbaines : Casablanca, Mohammedia, Rabat, Salé

Sous la pluie, le Maroc, c’est un peu comme la France. Il pleut des cordes. Peu de visibilité. Le VEAH est équipé de son pare-brise intégré dans la capote noire.

Impossible de s’en passer, sous peine de voir l’engin se remplir telle une baignoire. La sensation est incroyable. En ville, les gaz prennent à la gorge. Je mets un masque à particules, ce qui rend la respiration difficile. Les buildings des villes se succèdent comme une forêt de béton et de verre. Après des centaines de kilomètres en pleine nature, le changement est radical. La pluie ajoute à la morosité du décor urbain contrastant incroyablement avec la campagne. Ici, pas de légume ou de fruit le long des routes, pas de charrettes à chevaux, pas d’enfants dans les rues, ni de boutiques en bois.

 

La côte jusqu’à Asilah

Arrivé la veille à Asilah, je mène le VEAH dans les rues de cette charmante ville. Intra muros, pas de voiture. La ville semble avoir bénéficié d’un grand nettoyage. Vu des remparts, le soleil couchant est magnifique avant de se perdre en mer. Des traînées rouges flamboient dans le ciel. À chaque passage, j’ai bénéficié de cieux merveilleux.

 

D’Asilah à Tanger

Il reste 62 kilomètres jusqu’à l’entrée du port de Tanger. Ce matin, je rencontre le personnel du restaurant qui m'a si aimablement invité à dîner hier soir. Cet établissement situé face au remparts, appartient à un ministre. Les photos s’enchaînent. Chacun monte dans le VEAH : le cuisinier, le serveur, le gérant, le gardien…

 

Une traversée rapide

Pour atteindre Tarifa, un ferry catamaran effectue la liaison en moins d’une heure. La compagnie parle de 35 minutes. Les dizaines de caisses de pièces de rechange, le kart à voile, le matériel de camping, la cantine, de tournage, de photographie… pas moins de 27 colis qui passent de main en main entre la douane, les caddies des porteurs et la soute du ferry. Le VEAH passe par l’entrée des voitures tandis que les bagages montent et descendent dans les bâtiments destinés aux piétons. En moins d’une demi-heure, tout le matériel est sur le quai prêt à l’embarquement.

Arrivé à Tarifa, changement de caméraman. Mathieu qui suit le voyage du VEAH depuis Dakar, rentre de Malaga à Bruxelles après un mois de reportage. Julien est arrivé ce midi en voiture depuis la Belgique. Nous allons remonter vers Paris en trois semaines.

 

Xavier Van der Stappen. Tanger, Maroc, 12 avril 2009

 

-       Communiqué 1 - Sidi Ifni, Maroc, le 11 février 2009

-       Communiqué 2 - Nouakchott, Mauritanie, le 19 février 2009

-       Communiqué 3 - Dakar, Sénégal, le 24 février 2009

-       Communiqué 4 - Bissau, Guinée-Bissau, le 3 mars 2009

-       Communiqué 5 - Ziguinchor, Casamance, Sénégal, le 7 mars 2009

-       Communiqué 6 - Saint-Louis, Sénégal, le 12 mars 2009

-       Communiqué 7 - Koungheul, Sénégal, le 17 mars 2009

-       Communiqué 8 - Saint-Louis, Sénégal, le 21 mars 2009

-       Communiqué 9 - Djawling, Mauritanie, le 25 mars 2009

-       Communiqué 10 - Nouakchott, Mauritanie, le 27 mars 2009

-       Communiqué 11 - Bou Anouar, Mauritanie, le 31 mars 2009

-       Communiqué 12 - Essaouira, Maroc, le 6 avril 2009-04-08

-       Communiqué 13 - Tanger, Maroc, 12 avril 2009

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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 19:20




La traversée du désert


En toute situation, nous nous devons d’être optimiste. Cependant il reste difficile de l’être pour les autres.

 

 

Le vrai désert

La bande désertique qui longe l’Atlantique est dénuée de toute vie. Il s’agit d’un littoral de plus de mille quatre cents kilomètres. Le Maroc a annexé cette contrée, autrefois Sahara espagnol puis Sahara Occidental. Les véhicules des équipes des Nations unies qui sillonnent les rues de Layounne évoquent l’histoire controversée de cette région désertique.

Les implantations marocaines concernent principalement des postes militaires. Les produits sont destinés à l’exportation vers l’Europe par la mer. Les militaires assurent une présence incontournable. Les postes se succèdent le long de la route vide. Quel contraste avec le désert mauritanien ! Là-bas, Pas une vingtaine de kilomètres sans une tente sur la dune, ou une baraque de bois servant de boutique, de maison de thé ou de restaurant. Ici c’est le désert dans tous les sens du terme. Tous les cent à deux cents kilomètres, une station-service sert de refuge aux voyageurs. Des murs protègent les installations des vents de sable. Les stations les mieux équipées sont dotées d’un restaurant, d’une mosquée, d’un magasin.

En ce début de mois d’avril, une pénurie de gasoil frappe les stations sahariennes. Les camions s’accumulent sur les dalles de béton des stations dans l’attente d’une prochaine livraison.

 

Le Grand Sud n’offre que peu d’intérêt. En dehors de beaux paysages lorsque la route longe l’océan, le trajet présente peu d’intérêt. Les habitants d’origine nomades, les Sahraouis, vivent soit dans les nouvelles villes construites à la hâte par les Marocains, soit dans les camps de réfugiés devenus permanents en Algérie.

Le Maroc soutient de nouvelles implantations en diminuant de moitié le prix du carburant et des produits de première nécessité. La formule peine à décoller. Le Portugal, l’Espagne, la Grèce, le Japon financent l’implantation d’infrastructures liées à la pêche. L’exploitation du phosphate constitue également une ressource importante.

 

Corruption et désert de liberté

Un camionneur m’explique que, de la frontière mauritanienne à Agadir, qu’il couvre en plus de 24 heures pour 1400 km, il débourse plus de 50 euros. À chaque poste, il glisse une pièce de dix ou cinq dirham aux hommes en uniforme, tout corps confondu.

Un ami belge installé depuis plus de 25 ans à Essaouira me confie qu’un trajet d’Essaouira à Casablanca lui « coûte » 20 euros au minimum par voyage.

Le Maroc est un pays confortable pour les touristes tant que ceux-ci se limitent à séjourner dans les clubs de vacances. Au Maroc, tout ce qui sort des sentiers battus est sujet à contrôle.

La seule curiosité des policiers, gendarmes ou douaniers m’a valu de nombreux arrêts réduisant ma moyenne pourtant assez élevée sur les bonnes routes rectilignes.

 

Le VEAH, un véhicule qui vient du Sud

Le VEAH (véhicule électrique à assistance humaine) correspond assez bien à mes attentes. Il protège du soleil ou du froid, roule à une moyenne flirtant avec les 50 km/h, avale 200 km par jour et permet une bonne visibilité sans passer inaperçu dans le trafic.

Depuis le départ de Dakar, je n’ai procédé à aucun entretien. Tout au plus quelques graissages de chaîne qui se sont avérés inutiles à cause du sable. L’engin est donc assez solide pour ce type de voyage. Trois milles kilomètres n’ont pas eu raison de la fragilité du carénage et les pièces de vélo qui peuvent sembler fragiles. Il y a cependant moyen d’améliorer la machine afin de la rendre plus performante en aérodynamisme et en autonomie d’énergie. La distance parcourue dépend de la charge des batteries qui s’effectue lors des arrêts à l’occasion du déjeuner ou du dîner. Une heure trente suffit à remplir une batterie qui permet de rouler deux heures. Il faut donc prévoir quatre heures et demie pour charger les trois batteries chaque jour.

 

Essaouira, cité du vent

Enfin, Agadir mais surtout Essaouira se profilent dans les roues du VEAH !

C’est bien la fin du Sud marocain et le début de la côte verte plantée d’arganier, d’oliviers, d’orangers et de figuiers. Le paysage est verdoyant. Il a tant plus ces derniers mois. Des inondations diluviennes provoquant des effondrements, des inondations, des pertes humaines.

À Essaouira, je retrouve les membres du Club Rotary de la ville. La ville connaît un grand Moussem, une fête en hommage à un homme pieux, un marabout.

Les Moussem permettent aux habitants de se retrouver, aux familles de revenir dans leur ville d’origine.

Essaouira, c’est la ville du vent. Un belle ville aux remparts portugais défiant les embruns de l’Atlantique. Une ville aux remparts contenant l’un des souks les plus animés du Maroc côtier.

 

Demain, ce sera la montée dans les terres. Un crochet vers Marrakech, une autre belle ville du Maroc. J’y rencontre, par hasard, quelques membres de la Ligue des Optimistes qui est en train d’essaimer de par le monde sous l’appellation Optimistes sans Frontières. Nous avons bien besoin de ce concept généreux, réaliste et utile, pour un monde plus solidaire et plus respectueux de notre vaisseau, qu’est la terre.

 

Xavier Van der Stappen. Essaouira, Maroc, 6 avril 2009

 

-       Communiqué 1 - Sidi Ifni, Maroc, le 11 février 2009

-       Communiqué 2 - Nouakchott, Mauritanie, le 19 février 2009

-       Communiqué 3 - Dakar, Sénégal, le 24 février 2009

-       Communiqué 4 - Bissau, Guinée-Bissau, le 3 mars 2009

-       Communiqué 5 - Ziguinchor, Casamance, Sénégal, le 7 mars 2009

-       Communiqué 6 - Saint-Louis, Sénégal, le 12 mars 2009

-       Communiqué 7 - Koungheul, Sénégal, le 17 mars 2009

-       Communiqué 8 - Saint-Louis, Sénégal, le 21 mars 2009

-       Communiqué 9 - Djawling, Mauritanie, le 25 mars 2009

-       Communiqué 10 - Nouakchott, Mauritanie, le 27 mars 2009

-       Communiqué 11 - Bou Anouar, Mauritanie, le 31 mars 2009

-       Communiqué 12 – Essaouira, Maroc, le 6 avril 2009

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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 19:11





À travers la Mauritanie en VEAH


 

Après quelques jours de tournage d’un reportage dans le parc national du Djawling, le VEAH reprend du service sur les routes de Mauritanie. L’exemple du Djawling illustre le fait que l’homme peut inverser l’impact négatif qu’il peut avoir sur le milieu. Ce parc, peuplé d’une faune importante mais également d’une population croissante, allie le développement durable à la conservation, sans pour autant que les animaux et les hommes soient tour à tour favorisés ou négligés (voir communiqué 10).

 

Un désert vivant

De la piste qui relie le parc du Djawling à la route goudronnée, il reste 140 kilomètres à parcourir. Il est 16 heures et la lumière est superbe. Du fleuve Sénégal à la capitale Nouakchott, les belles dunes blondes se succèdent. Le désert est habité. Partout, à perte de vue, des tentes de nomades, des « hangars » servant de lieu de campement et des petites boutiques plantées dans le sable. Les dunes vives envahissent le goudron. Des murs de sable rappellent que le vent emporte du désert le sable nécessaire à la formation d’un cordon dunaire, indispensables à contenir l’océan Atlantique.

Le voyage est très confortable. Des kilomètres d’une route droite et peu accidentée. C’est la route des records, avec une moyenne horaire de plus de quarante kilomètres pour près de deux cents kilomètres parcourus par jour. Les pointes de plus de 60 km/h sont nombreuses. Un léger vent de face n’influence que très peu la progression. Des habitants partout. Et puis, à chaque arrêt, des curieux discrets et polis qui posent des questions intéressantes sur l’engin, son autonomie, son prix, les éventuelles adaptations à apporter pour une utilisation éventuelle dans le sable.

Il est passé 21 heures, lorsque le VEAH entre dans Nouakchott.

Cela va trop vite, bien trop vite mais c’est le principe de la démarche : réduire les distances à l’aide d’engins simples et légers. Montrer que l’on peut faire de longues distances avec peu de moyens : un véhicule de 40 kg, quelques batteries au lithium et une assistance humaine.

 

Dans les villes africaines, la circulation n’est pas plus dangereuse qu’à Bruxelles ou Paris. Il me semble que les gens sont moins égoïstes ici. Plus ouvert sur ce qui les entoure, plus spontanément curieux dans le respect de l’autre, avec un brin d’empathie qui les rend humains et vivants à leur façon.

Il est vrai que pour certaines raisons (annulation du Paris-Dakar officiel, meurtre de quatre touristes), la Mauritanie possède une image écornée. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un paradis terrestre, mais je déplore sincèrement cette image négative car j’estime que les Mauritaniens sont d’une correction qui devient d’une rareté évidente sous nos latitudes. À nouveau, j’apprécie, les longs échanges autour d’un thé avec des hommes sortis du désert. Nous débattons du futur, d’un monde sans pétrole avec un bon sens et un recul également devenu rare dans mon pays. Mon pays, là où les gens sont pressés au point d’en oublier de vivre, simplement de vivre et de jouir de plaisirs simples. Mon pays, où le confort personnel passe avant la santé de tous, avant les impacts environnementaux dus à l’activité humaine. Mon pays enfin où les gens vivent dans l’opulence et le confort sans le savoir, sans se rendre compte qu’ils consomment les ressources, sans tenir compte de l’hypothèque d’un avenir pour l’humanité. Je crains que seul un accident important ne puisse hisser les consciences à plus de réalisme. Nous disposons des moyens techniques, mais nous manquons singulièrement de pragmatisme et d’optimisme.

 

Concernant le sujet qui m’occupe, à la question : « et si le pétrole vient à manquer ici ? » La réponse des Mauritaniens sonne comme une évidence : « Qu’à cela ne tienne ! Nous avons les dromadaires. »

 

Dans mon beau pays vert qu’est la Belgique, lorsqu’il y a des pics de pollution dans la capitale, les 380 000 navetteurs se soucient peu de l’état de la planète qu’ils laisseront à leurs enfants. Et pourtant, la plupart des gens ont des vélos, vivent dans des quartiers où passent des bus, des trams et des trains. Je déplore que ce soit les gens qui polluent le moins qui soit le plus touché par les changements climatiques et le plus enclin à changer leurs comportements de consommateurs.

 

Au pays des dromadaires et des Mercedes

De la capitale à la frontière du Sahara occidental, près de 500 kilomètres d’un ruban noir, rectiligne battu par les vents de sable qui soufflent de travers. Le carénage du VEAH fait merveille. Je suis à l’abri du sable qui s’abat violement sur l’engin. La chaleur qui flirte avec les 35°c reste tout fait supportable grâce au vent permanent. La forme de l’engin permet une bonne pénétration dans l’air et les lignes fuyantes en forme de goutte d’eau de l’arrière du véhicule aident favorablement à la progression. En quelques heures, ce sont pas moins de cinq kilos de sable qui s’emmagasinent dans le fond du VEAH !

Le long de la route, des troupeaux de dromadaires. Çà et là des éleveurs proposent du lait de chamelle. Des panneaux indiquent de manière naïve, la vente du breuvage, symbole de l’accueil maure.

À chaque pose, les taxis Mercedes font escale. Les passagers lèvent le pouce, en signe d’encouragement. De l’avis général, le VEAH est un très bel engin. Il évoque une fusée pour les uns, un avion pour les autres.

Ils troqueraient tous leurs Mercedes pour ce véhicule étrange aux belles formes aérodynamiques et à propulsion électrique. Pour l’assistance humaine, il ne faut pas trop compter dessus. Avec leur grande djellaba, le pédalage semble compromis.

 

Le cap des 1000 kilomètres en VEAH

Entre les frontières de Mauritanie et du Maroc, quatre kilomètres de no man’s land que traverse une piste des plus difficiles. Des plages de sable succèdent à des escaliers de roches saillantes. Curieusement, le VEAH accuse le coup. Lentement, je le dirige à travers ce décor désolé ponctué de dizaines d’épaves. Des clandestins ont élu domicile dans ce bout de désert. Les apatrides de la frontière campent dans les carcasses des véhicules abandonnés. Ils proposent leurs services aux propriétaires des véhicules qui s’ensablent. Tels des fantômes, ils sortent de leurs carcasses de vie pour admirer un nouvel engin sur la piste.

 

Un trafic intense de voitures d’occasion alimentant l’Afrique de l’Ouest bat son plein en ce début d’après-midi. La frontière est le lieu de tous les échanges.

 

Au cœur de ce no man’s land, je passe le cap du premier millier de kilomètres parcourus avec cet engin assez surprenant.

 

Au Maroc, c’est le royaume des formalités et l’on ne badine pas avec les règlements. La police, la douane et la gendarmerie. Le pays dirigé par un roi de droit divin dont le gouvernement est consultatif connaît cependant une corruption évidente le long des routes. Un camionneur qui parcourt plus de 1400 kilomètres du nord au sud m’assure qu’il doit débourser plus de 100 euros aux postes de contrôle. Pas moins d’une cinquantaine de postes disséminés le long d’une route qui traverse un désert sans habitant.

 

Au Maroc, tout ce qui sort de l’ordinaire est sujet à méfiance. Un véhicule électrique, une remorque, un caméraman… Le tourisme se concentre dans les clubs de vacances. Faire autrement ou différemment implique de se soumettre à de fréquents contrôles.

 

Et pour finir quelques citations transmises par des amis de Belgique, visiblement inspirés par le voyage, la formule et le message.

 

« On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres du chemin. » GOETHE 

« C'est Vous qui devez faire l'effort. Les Sages du Passé montrent seulement le chemin. » Dhammapada 

« La vie c'est comme la bicyclette : il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre. » Albert EINSTEIN

 

Xavier Van der Stappen. Bou Anouar, Mauritanie, le 31 mars 2009

 

-       Communiqué 1 - Sidi Ifni, Maroc, le 11 février 2009

-       Communiqué 2 - Nouakchott, Mauritanie, le 19 février 2009

-       Communiqué 3 - Dakar, Sénégal, le 24 février 2009

-       Communiqué 4 - Bissau, Guinée-Bissau, le 3 mars 2009

-       Communiqué 5 - Ziguinchor, Casamance, Sénégal, le 7 mars 2009

-       Communiqué 6 - Saint-Louis, Sénégal, le 12 mars 2009

-       Communiqué 7 - Koungheul, Sénégal, le 17 mars 2009

-       Communiqué 8 - Saint-Louis, Sénégal, le 21 mars 2009

-       Communiqué 9 - Djawling, Mauritanie, le 25 mars 2009

-       Communiqué 10 - Nouakchott, Mauritanie, le 27 mars 2009

-       Communiqué 11 - Bou Anouar, Mauritanie, le 31 mars 2009

Par XVDS - Publié dans : veah
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